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La restauration du tableau de Pierre Danès

Né en 1497 à Paris et mort le 23 avril 1577 à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, Pierre Danès (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb12133568z) étudie au Collège de Navarre. Élève de Guillaume Budé, sa maîtrise des langues latine, grecque et hébraïque lui donne une grande réputation, si bien qu’en 1530 François Ier fait de lui un des deux lecteurs royaux (le second étant Jacques Toussaint) pour le grec au Collège Royal nouvellement fondé et qui deviendra le Collège de France. Pierre Danès quitte l’institution cinq ans plus tard pour partir en Italie. Il est nommé ambassadeur de France au concile de Trente de 1545 à 1562. À la mort de François Ier, Henri II le fait précepteur du dauphin (le futur François II) dont il devient plus tard le confesseur. En 1557 il est nommé évêque de Lavaur par Henri II.

Moins connu que Guillaume Budé dont les représentations sont nombreuses (il est notamment mis à l’honneur par une statue en pied dans la cour homonyme du Collège de France), on trouve tout de même des représentations de Pierre Danès. Parmi elles, sur son gisant de Saint-Germain-des-Prés, il apparaît revêtu de ses habits d’évêque. Y sont mentionnées ses fonctions de lecteur royal et d’ambassadeur au concile de Trente.

Gravure représentant le gisant de Pierre Danès vu du dessus, au centre de la page d'un livre. Danès est représenté allongé, les mains jointes en prière, en habit d'évêque. Sa crosse d'évêque est posée sur lui en diagonale, depuis son pied droit jusqu'au côté gauche de son visage. Il porte sa mitre. A ses pieds est gravée sa devise "Non que super terram". Le titre, mis au pied de la page, est : "Tombe de pierre proche la grille du choeur devant la chapelle de Saint Casimir dans l'église de l'abbaye de Saint-Germain-des-Près à Paris".
Figure 1 : Epitaphs and monuments in the churches of Paris, vol. 3 – Pierre  Danés – fol.113r. © Bodleian Libraries, University of Oxford

On trouve plusieurs représentations de lui sur des gravures qui illustrent les ouvrages le concernant ou dans les éditions nouvelles de ses écrits. Le musée d’histoire urbaine et sociale de Suresnes conserve une gravure, représentation de Pierre Danès quasi identique à celle du tableau conservé au Collège de France.

Figure 2 : Portrait de Pierre Danès1.
Figure 3 : Portrait de Pierre Danès2.
Gravure représentant Pierre Danès, sur une page de livre. Il est représenté de trois quart gauche, plume dans la main droite en train d'écrire dans un registre. Le titre complet de l'image est reporté au pied de la page : "Monsieur Pierre Danès Evêque de la Vaur ambassadeur du roi François Ier au Concile de Trente, précepteur et confesseur de François II décédé le 23 avril 1577
Figure 4 : “Pierre Danès Evesque de la Vaur […]”.3

Pierre Danès au Collège de France

Bien qu’il n’ait passé que cinq ans au Collège royal, sa qualité de premier lecteur de grec a nécessairement laissé une empreinte et il n’est pas surprenant qu’au-delà de ses archives des œuvres d’art fassent aussi mémoire de cette figure de l’histoire du Collège de France. Deux objets des collections muséales du Collège de France rappellent la place qu’a tenue Pierre Danès dans cette institution : un buste en bronze (CDF. 618) qui se trouve dans la cour Budé4 (et un portrait (CDF. 644) qui a successivement orné les murs de la salle d’assemblée, puis ceux du bureau des conférenciers. Celui-ci correspond à la pièce où les professeurs se préparent avant de donner leur leçon inaugurale ou cours dans l’amphithéâtre Marguerite de Navarre.

Danès est représenté en buste, avec une barrette sur la tête, bonnet rigide quadrangulaire. Une mosette, courte pélerine, couvre son torse, sur lequel pend un croix en pendentif.
Figure 5 : Buste de Pierre Danès, bronze, 1888 (CDF.618) ©Collège de France
Portrait conservé au Collège de France représentant Pierre Danès de trois quart gauche, plume dans la main droite en train d'écrire dans un registre. Le titre complet de l'image est reporté en tête de la toile : "Pierre Danès Evêque de la Vaur ambassadeur au Concile de Trente, précepteur et confesseur de François II professeur royal en langue grec.
Figure 6 : Portrait de Pierre Danès après restauration (CDF.644) ©Nina Robin

On ignore la date de réalisation de cette toile et qui est à l’origine de cette commande. On peut tout au plus supposer qu’il s’agit du tableau ou d’un tableau inspiré de celui mentionné sur la gravure évoquée plus haut. Sur cette gravure, on trouve en effet la mention suivante : « Tiré d’après un portrait contemporain qui est aux Bons Hommes ; mention manuscrite : ancien curé de Suresnes ». On connaît en revanche les circonstances d’arrivée de la peinture au Collège : lors de l’assemblée du 8 janvier 17365, les professeurs sont informés du don par l’un de ses lointains parents, l’abbé Danès (conseiller au Parlement et docteur en Sorbonne) du don, qu’ils acceptent unanimement.

La restauration du tableau

Depuis des années, le Collège de France mène une politique de conservation-restauration et de valorisation de son patrimoine mobilier et immobilier.  Témoin de l’histoire du Collège de France et de sa place dans le paysage de l’enseignement supérieur, il est capital d’en assurer la conservation et la diffusion. Ces missions sont assurées par la Direction des bibliothèques, archives et collections (DBAC) et plus particulièrement par le service de la conservation et régie des œuvres. Dans le cadre de chantiers de grande ampleur portant sur le patrimoine bâti, la DBAC reçoit le soutien d’autres services du Collège de France telle que la direction du patrimoine immobilier. Les campagnes de restaurations sont programmées d’une année sur l’autre, permettant ainsi  de consulter plusieurs restaurateurs en amont d’une intervention de restauration.

Pour celle du tableau et du cadre de Danès, plusieurs professionnels ont été sollicités. Après étude des offres et échanges autour des projets d’intervention, les propositions de Mme Koenig pour le cadre et de Mme Robin pour la toile ont été retenues. Une fois ce binôme retenu, un dialogue constant se met en place entre lui et le service de la conservation. Un protocole de restauration n’est jamais figé, il doit pouvoir évoluer au cours de la prestation, à mesure que s’affine la connaissance de l’œuvre restaurée. La première étape d’un traitement de restauration consiste en la réalisation d’un constat d’état poussé de l’œuvre. Il s’agit d’une description matérielle exhaustive de l’objet et de l’ensemble des altérations et fragilités qui l’affectent.

En l’occurrence, le portrait de Danès est une peinture à l’huile sur toile, montée sur châssis, dans un cadre en bois mouluré doré. « Le cadre est réalisé en bois de résineux. Il est composé de deux montants et de deux traverses raccordés à coupe d’onglet et assemblés par des clés perpendiculaires aux coupes d’onglet. Deux techniques de dorure sont utilisées : dorure à la détrempe pour le listel et dorure à l’huile sur le reste du cadre. Cette alternance de technique est typique d’une production courante du XIXe siècle.6 »

La toile ainsi que le cadre présentaient d’importantes altérations. Le châssis était « très infesté, certains assemblages très faibles7 » et plusieurs parties manquantes. La toile quant à elle avait un défaut de maintien, était oxydée et fragilisée. Une déchirure d’environ 3 cm déformait la toile, et ses bords étaient rigidifiées et légèrement rétractées. Des déformations étaient visibles à plusieurs endroits. La couche picturale était fortement encrassée, avec un important réseau de craquelure fine. Autour de la déchirure, on pouvait observer des zones de micro-soulèvement. Enfin le vernis était très oxydé.

Tableau du Collège de France sans son cadre.
Figure 7 : Portrait de Pierre Danès avant restauration (CDF.644) ©Nina Robin

Le cadre était lui fortement encrassé, parfois lacunaire et troué (par des clous qui fixaient la toile). La dorure se soulevait à plusieurs endroits et on pouvait observer de nombreuses lacunes. L’état de conservation général peu satisfaisant nécessitait donc une intervention visant à la fois à stabiliser, à restaurer les altérations, mais également à améliorer l’aspect esthétique de l’ensemble afin dans faciliter sa lecture et son appréciation. L’intervention sur la peinture a été menée par Nina Robin et celle sur le cadre par Nelly Koenig. Ces deux chantiers de restauration ont été menés successivement : le cadre d’abord, la toile ensuite.

Cadre sans la toile. Le cadre est doré, en format portrait. Les quatre angles sont ornés de rinceaux identiques en bas relief.
Figure 8 : Cadre XIXe du tableau de Pierre Danès ©Nelly Koenig

La restauration de l’œuvre a débuté avec le cadre, qui a fait l’objet d’un dépoussiérage, d’un refixage des soulèvements et du comblement des lacunes avec reconstitutions des ornements manquants. Dans un second temps, un dépoussiérage et un décrassage de la toile et du châssis (face et revers) ont été réalisés. Ensuite c’est la couche picturale qui a été décrassée, le vernis allégé et les lacunes comblées. La toile a été démontée, dépoussiérée, puis ses déformations et la déchirure ont été reprises. Elle a ensuite été remise en tension sur le nouveau châssis avant de retrouver son cadre restauré .

Tableau complet (toile et cadre) : à gauche avant la restauration, à droite après la restauration. La toile est devenue plus claire, le titre en est plus lisible. Le cadre a retrouvé sa dorure.
Figure 9 : Vu avant après restauration du cadre et de la toile  ©Nina Robin

À présent, l’œuvre a retrouvé son intégrité et sa pleine lisibilité. Elle pourra de nouveau être admirée au Collège de France, dans le salon des conférenciers. Les rapports d’intervention relatifs au cadre et à la toile seront intégrés à la base de données des collections muséales et versés au dossier documentaire du tableau.

À terme, les collections du Collège de France ont vocation à être rendues accessibles en ligne grâce à un site internet spécifiquement conçu pour la diffusion de ce type de patrimoine. Cette démarche s’inscrit pleinement dans la politique de conservation-restauration et de valorisation menée par l’établissement.

Fidèle à la mission du Collège de France et à sa devise Docet Omnia – « il enseigne tout », la mise en ligne des collections muséales constitue une étape essentielle : elle prolonge l’ouverture de cette institution à un public élargi, accompagne le développement de son offre numérique et rejoint les orientations portées par d’autres institutions patrimoniales de l’enseignement supérieur. Elle participe, plus largement, à la diffusion des savoirs et à la mise en valeur du patrimoine scientifique et artistique national.

  1. https://www.portraitindex.de/documents/obj/33417493 []
  2. https://www.portraitindex.de/documents/obj/33016459 []
  3. https://webmuseo.com/ws/mus-suresnes/app/collection/record/6854?vc=ePkH4LF7w1I94aqfQHkrAFi3oNaCjqEhQWj1paWFEbz2hWsgGOgAb4st5Q$$ []
  4. Christophe Labaune (29 mars 2021). Les bustes de la Cour Budé. Colligere. Consulté le 12 juin 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/bdd9 []
  5. Assemblée des professeurs, registre, 8 janvier 1736, 2AP2, p. 18-19. Consultable en ligne : salamandre.college-de-france.fr/archives-en-ligne/ark:/72507/r18039zh5v90rk/f1?context=ead::FR075CDF_000AP0002_de-1556 []
  6. Nelly Koenig, Laubreton Julie. « Rapport de restauration : cadre du portrait de Pierre Danès », p.4 []
  7. Nina Robin, « Rapport d’intervention : portrait de Pierre Danès », p.2 []

Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons Attribution Utilisation non commerciale Partage dans les mêmes conditions 4.0 International. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont “Tous droits réservés”, sauf mention contraire.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Lucie Robert (15 juin 2026). La restauration du tableau de Pierre Danès. Colligere. Consulté le 14 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16ejw


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1 réponse

  1. Ollivier dit :

    Le tableau présenté est assez représentatif de ce siècle incompris.

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