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Une reliure d’art d’Anita Conti conservée au Collège de France

Anita Conti (née Anita Caracotchian, 1899-1997), d’ascendance arménienne, fut la première femme océanographe française, par ailleurs écrivaine et journaliste. Elle est encore connue pour son imposante œuvre photographique (près de 40 000 clichés) documentant ses missions scientifiques et sa vie privée. Le fonds Anita Conti est conservé par les archives de Lorient depuis 2003. Il comprend celui de Marguerite, dite Pâquerette de Quénétain (1896-1965), dont Anita Conti avait hérité.

Anita Conti vers 1935. ©Ifremer

En décembre 1937, le Collège de France a reçu en dépôt du Centre national des arts plastiques (CNAP) un livre illustrant un autre talent d’Anita Conti, la reliure d’art. Ses travaux en la matière furent en effet couronnés de plusieurs prix dans les années 1920-1930 : au Salon des Arts décoratifs de 1925, au Salon d’automne de 1932, 1933 et 1935, à Bruxelles où elle obtient une médaille d’or en 1935, mais aussi à Londres et à New York.

Au début des années 1930, l’institution est au cœur de grands travaux, depuis la construction de nouveaux bâtiments jusqu’au réaménagement des espaces intérieurs. Le volume conservé à la bibliothèque patrimoniale du Collège de France fut commandé en 1933 à l’artiste par l’État et initialement destiné au bureau de l’administrateur1, dont la décoration était assurée par un quatuor de designers composé de Francis Jourdain, Jacques Adnet, Pierre Chareau et Louis Sognot.

Vue de la couverture de l'ouvrage. La couverture est en cuir ocre. Les figures y sont finement ciselées. Sur la moitié gauche, sur presque toute la hauteur, on voit un décor forestier avec au pied un oiseau, un félin et une salamandre autour d'une mare.
Couverture de l’ouvrage. Photo P. Imbert

Le contenu

Le corps d’ouvrage est composé de cent-cinquante-deux feuillets vierges de papier Ingres, ocre, bruns, bleus, verts et jaunes. Vingt-et-un poèmes y sont manuscrits par deux mains différentes, dont l’une attribuable sûrement à Anita Conti.

Livre ouvert. Sur la page de gauche, le bon de référence du CNAP sur lequel est inscrit "numéro13103 - 1934. Madame Anita Conti, Poème de la Pâquerette (reliure d'art)". Sur la page de droite, le titre "Vicomtesse Alain de Quénetain, Poèmes de la Pâqerette".
Page de titre et bon du CNAP. Photo P. Imbert

L’autre main devrait probablement être celle de Pâquerette de Quénétain, comme la page de titre le suggère, même si elle comporte une coquille. Un cent-cinquante-troisième feuillet, arraché, signale à l’évidence un repentir.

D’une tonalité élégiaque, ces poèmes évoquent principalement la nature dans la région de forêts, étangs et marécages de la Brenne ainsi que les chasses qu’on y mène. On sait d’ailleurs que Pâquerette de Quénétain a écrit un ouvrage intitulé Les Femmes et la chasse2.

Le contenant

La création d’Anita Conti est bien représentative de son savoir-faire. Le maroquin épais qui la couvre pourrait être celui d’un buffle d’Abyssinie, qu’elle avait coutume de colorer et travailler. La reliure est agrémentée d’une tranchefile à chapiteau tricolore faite main, d’une tranche supérieure argentée, de deux signets orangés. Les charnières couvertes de cuir lui assurent une grande robustesse. Le dos porte un titrage à froid « Poèmes de la Pâquerette », ce dernier mot étant figuré par la fleur (voir illustration ci-dessous).

Livre ouvert, couverture extérieure intégralement visible. Sur la droite on retrouve la couverture précédemment décrite. Sur la gauche, la quatrième de couverture, en miroir, présente aussi sur sa moitié un paysage forestier avec au sommet un hibou perché et au pied un héron au bord d'une mare. Au centre, le dos du livre présente le titre en vertical "Poèmes de la" suivie d'une fleur représentant la pâquerette.
Plats extérieurs et dos de la reliure créée par Anita Conti. Photo P. Imbert

Mais ce qui frappe au premier chef, ce sont les plats pour partie évidés, sculptés en bas-relief, dont les motifs peuvent rappeler les jungles d’un douanier Rousseau ou les couleurs des bois sculptés d’un Gauguin. Flore et faune y foisonnent : fougères, feuillus et pins, batraciens, petits mammifères et oiseaux. Sur les bords extérieurs, des motifs suggérant des ondes stylisées assurent une meilleure prise en main.

Deux peintures sur soie, la première signée et datée garnissent les plats intérieurs et pages de garde. Des végétaux plus clairsemés y figurent dans des teintes qui, si elles peuvent évoquer à nouveau des sous-bois à l’aurore, nous plongeraient aussi bien dans des hauts-fonds océaniques.

  • Poèmes de la Pâquerette / Vicomtesse Alain de Quénetain, 1933. – Bibliothèque patrimoniale du Collège de France, cote XV Fol°999.
    31,5 x 26 x 4 cm
    CNAP, Achat par commande à l’artiste en 1933. – Inv. : FNAC 13103
  1. Le Collège de France est dirigé par un administrateur, professeur élu par ses pairs au sein de l’assemblée du Collège de France, qui détermine la politique de l’établissement. [↩]
  2. Quénetain, Pâquerette de. Les Femmes et la chasse, Éditions Dynamo, Liège, 1954 [↩]

Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons Attribution Utilisation non commerciale Partage dans les mêmes conditions 4.0 International. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont “Tous droits réservés”, sauf mention contraire.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Ronan Le Guen (1 avril 2026). Une reliure d’art d’Anita Conti conservée au Collège de France. Colligere. Consulté le 15 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15zm3


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