Une nouvelle collection consacrée aux fonds de la Bibliothèque d’études ottomanes. Premier numéro : le fonds Stéphane Yerasimos
Le centre d’études ottomanes de l’Institut des Civilisations du Collège de France inaugure une collection de brochures consacrées aux fonds spécifiques de la bibliothèque d’études ottomanes. Outre l’acquisition systématique d’ouvrages et de revues, notamment en langue turque, notre bibliothèque reçoit des donations importantes de savants ou de leur famille. Le fonds Stéphane Yerasimos est issu de l’une d’entre elles. L’érudit éponyme, né Grec d’Istanbul en 1942 et disparu à Paris en 2005, était un architecte et un historien qui s’intéressa autant à la Turquie et aux Balkans post-impériaux qu’à l’Empire ottoman. Cette première brochure, parue en 2025, détaille le parcours intellectuel de Stéphane Yerasimos ainsi que les spécificités du fonds qui porte son nom. Elle a été rédigée par Elif Becan, ex-membre du centre d’études ottomanes, aujourd’hui maîtresse de conférences à l’Université de Strasbourg. En une cinquantaine de pages illustrées et annotées, la plaquette fait découvrir aux lectrices et lecteurs la personnalité d’un chercheur, son œuvre et une bibliographie sélective.
Le fonds se compose de la bibliothèque personnelle de S. Yerasimos (1942-2005), d’une collection de cartes et de quelques documents inédits et tirés-à-part. Il couvre cinq grands domaines qui reflètent la diversité de ses intérêts scientifiques : l’urbanisme, le nationalisme, les récits de voyages, Istanbul et la vie quotidienne des Ottomans. Plutôt que de résumer chacun de ces champs, insistons sur certaines contributions originales du point de vue des études ottomanes.

Concernant l’urbanisme, s’ajoutent à la première édition turque de la thèse de S. Yerasimos, qui s’intéressait au développement urbain de l’époque byzantine jusqu’à la période républicaine, les ouvrages fondamentaux du savant turc Ekrem Hakkı Ayverdi (1899-1984) sur l’architecture ottomane. Le fonds regroupe également une collection de croquis architecturaux d’immeubles en Turquie datant de la seconde moitié du XXe siècle. Plusieurs cartes sont à signaler : produites au début du XXe siècle par le k.u.k. Militärgeographisches Institut de Vienne1, elles éclairent l’évolution de villes balkaniques anciennes comme Ioannina, Varna, Salonique, Skopje, Belgrade et Mostar.
La question du nationalisme en lien avec les minorités occupe une place importante. À la fois expérience personnelle voire familiale et objet de recherche, le statut minoritaire des Grecs, des Arméniens et d’autres a suscité différentes publications de la part de S. Yerasimov au cours des années 1990, essentiellement dans le contexte contemporain. Toutefois, plus près des études ottomanes, une partie du fonds contient des livres clés portant sur les minorités musulmanes et non-musulmanes dans l’espace post-ottoman, les courants (proto-)nationalistes du XIXe siècle, les appartenances confessionnelles et linguistiques, ou encore sur l’islam comme instrument politique.
Troisième thématique, les récits de voyages font l’objet d’une attention particulière tant ils ont fasciné l’historien. S’intéressant d’abord à des voyageurs français qui ont visité Constantinople et l’Empire ottoman au XVIIe siècle, tels que Jean-Baptiste Tavernier, Jean de Thévenot et Joseph Pitton de Tournefort, S. Yerasimos soutint en 1986 une thèse de doctorat d’État sur les récits de voyages et itinéraires dans l’empire aux XIVe, XVe et XVIe siècles. Sa version éditée est accessible à la bibliothèque d’études ottomanes. Par ailleurs, le fonds abrite de nombreuses relations de voyageurs, aussi bien orientaux qu’occidentaux, ainsi que des études sur ce sujet. Mentionnons la collection complète du fameux Livre de voyage (Seyâhatnâme) en ottoman d’Evliya Çelebi (m. 1682).
Stambouliote lui-même, S. Yerasimos ne cessa d’explorer la ville physiquement et intellectuellement. Il lui consacra plusieurs monographies dont Légende d’Empire. La fondation de Constantinople et de Sainte-Sophie dans les traditions turques2 paru en 1990, où les mythes fondateurs de la capitale sont analysés selon leur signification politique. La bibliothèque d’études ottomanes a de plus hérité de l’abondante bibliographie réunie par l’urbaniste et historien sur sa ville natale, en particulier les travaux spécialisés dans l’architecture byzantine et islamique, ou bien dans les politiques urbaines, sans compter de précieuses sources primaires. Dans cet ensemble de documents, il faut signaler les huit tomes de İstanbul ahkâm defterleri (Registres des ordres impériaux pour Istanbul).
Enfin le domaine encore mal connu de la vie quotidienne des Ottomans a suscité des collaborations entre S. Yerasimos et d’autres savants sur le plan éditorial et sur le plan scientifique. La collection « bibliothèque turque » qu’il dirigea chez Actes Sud, comprenant des traductions de chroniques et de récits ottomans, est présente dans sa totalité au sein de notre établissement. Des livres à l’esthétique soignée complètent le fonds pour redonner vie aux habitants de l’empire : un ouvrage illustré sur les demeures et palais écrit avec les photographes Ara Güler et Samih Rıfat ; un autre enrichi des images de Belkı Taşkeser qui traite de la cuisine ottomane et de son caractère multiculturel, surtout au palais, aux XVe et XVIe siècles.
Tel est, brossé à grands traits, le contenu de ce premier numéro de la collection « Fonds de la Bibliothèque d’études ottomanes ». Le prochain numéro présentera le fonds Jean Sauvaget.
- Kaiserlich und königlich Militärgeographisches Institut : Institut impérial et royal militaire géographique [↩]
- Yerasimos, Stéphane. La fondation de Constantinople et de Sainte-Sophie dans les traditions turques. Institut français d’études anatoliennes et Jean Maisonneuve, Paris, 1990, 281 p. [↩]
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Alexandre Papas (30 janvier 2026). Une nouvelle collection consacrée aux fonds de la Bibliothèque d’études ottomanes. Premier numéro : le fonds Stéphane Yerasimos. Colligere. Consulté le 17 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15ldw

